Après la divulgation de la feuille de route proposant les sujets de réflexion pour les cinq prochaines années, c’est au tour du Comité International Olympique d’entrer en action et de réfléchir à toutes ces propositions.

Counter-Strike et DotA 2 ne sont pas les bienvenus

Si pendant de nombreuses années les réunions du Comité International olympique (CIO) sont demeurées obscures pour nous suiveurs de la scène esport, aujourd’hui nous avons un partenaire parmi le comité en la personne de Nicolas Besombes qui nous permet d’avoir un oeil sur ce qui s’y dit. Nicolas possède plusieurs casquettes dont la principale est d’être universitaire à l’Institut des Sciences du Sport-Santé de Paris (I3SP), mais également vice-président de France Esports et donc participant aux réunions de réflexion du Comité International olympique. Or c’est justement ce rendez-vous qui nous intéresse, car aujourd’hui se tenait la 137e session.

Et lors de cette conférence à distance il a été question d’esport, et cela même si ce n’était clairement pas le sujet le plus important. Il faut tout d’abord faire une distinction assez subtile, le CIO parle davantage de sport virtuel plutôt que de sport électronique et la nuance à son importance. Ainsi lorsque l’athlète russe multiple championne olympique Yelena Isinbaeva (recordwoman du monde à la perche) pose la question qui brulait toutes les lèvres, la réponse aura de quoi vous refroidir pour un moment. Son interrogation était  « pourquoi n’intègrerait-on pas plutôt CSGO ou Dota 2 aux JO ? », le président du comité l’Allemand Thomas Bach répond :

il y a une ligne rouge pour les jeux contraires aux valeurs olympiques qui glorifient la violence. C’est un monde différent ! Pour rappel, les valeurs olympiques sont : l’amitié, le respect et l’excellence. Nous nous en tenons à la version physique virtuelle et numérisée du sport.

Avec ces trois lignes, vous avez l’essentiel de ce qu’il faut comprendre au sujet des Jeux Olympiques et du sport électronique. Pour le moment et cela durant les cinq prochaines années donc, il n’est absolument pas question d’intégrer le moindre jeu esport en même temps que les Jeux Olympiques. Le comité se concentre sur le sport virtuel avec notamment deux titres phares à savoir Zwift (pour le vélo) et Virtual Regatta (pour le bateau). Ces jeux ont pour but de permettre de faire du sport sans bouger de chez soi. Par exemple sur Zwift vous pouvez lancer une étape du Tour de France que vous visualiserez via un écran sur votre vélo d’appartement, vous pourrez inviter ou rejoindre d’autres coureurs que vous verrez aussi sur l’écran et votre vélo règlera automatiquement la dureté en fonction du dénivelé. C’est donc du vrai sport qui s’est beaucoup développé d’ailleurs auprès des champions durant les périodes de confinement et cela permet notamment à n’importe qui d’affronter des professionnels. Les Jeux Olympiques de Paris seront un premier test pour l’intégration de cette catégorie dans le programme, et si tout se passe bien à Los Angeles en 2028 cela sera devenu une nouvelle discipline olympique officielle.

À côté de ça, Counter-Strike est de toute manière considéré comme ne correspondant pas aux valeurs olympiques pour tout un tas de raisons et pas seulement pour sa violence. Au cours des 5 prochaines années donc on va rester sur le modèle déjà mis en place aux JO d’hiver de PyeongChang en 2018. C’est-à-dire un tournoi sponsorisé par Intel, organisé par l’ESL, avec le label olympique et les anneaux bien visibles, mais qui se joue un peu avant le début des vrais Jeux olympiques et avec des titres esport mais pas nécessairement toujours les mêmes. En 2018 on avait eu pour rappel les Intel Extreme Masters XII qui s’étaient joués dans la ville olympique de PyeongChang une semaine avant la cérémonie officielle d’ouverture des Jeux. À l’époque c’était StarCraft II qui avait été choisi pour son implantation importante en Corée du Sud. Cette année à Tokyo nous devrions avoir les Intel World Open avec cette fois-ci deux jeux : Street Fighter V : Champion Edition et Rocket League. C’est ce format qui devrait perdurer pendant les 5 prochaines années, tout en sachant que si les jeux sont tournants il faut malgré tout qu’ils soient particulièrement populaires dans le pays hôte. Mais ne rêvez pas il est désormais certain que Valve et son Counter-Strike: Global Offensive ou son Dota 2 ne sont pas les bienvenus et cela même si les Jeux se déroulaient en Russie.